Il y a un mois, alors que je m’interrogeais sur la meilleure façon de réparer mes vieux Macintosh vintages, j’ai commencé à m’amuser avec SheepShaver, un émulateur de Mac OS Classic.
Mac OS Classic était le système d’exploitation des ordinateurs Apple Macintosh, de 1984 à 2001. C’était le premier à proposer une interface graphique fenêtres/ souris / point & click, extrêmement simple d’utilisation et dépourvu de toute ligne de commande.
Ce qui n’était qu’un petit délire passager m’a permis de retrouver, avec curiosité, les sensations oubliées de Mac OS 8.6 et Mac OS 9, que je n’avais pas utilisés depuis le début des années 2000… il y a presque vingt-cinq ans !

Petit historique…
Nous sommes en 1999. Après des années de résistance à utiliser des Amigas pour mes créations vidéo‑graphiques, il me fallait évoluer vers un système plus moderne.
Mon choix, certainement influencé par le subtil et efficace marketing d’Apple, se porta sur le tout nouveau Power Mac G3 Bleu et Blanc.



C’était mon premier Mac, et je me souviens encore du déballage de cette impressionnante machine au design si particulier. J’avais commandé une configuration sur mesure : un G3 à 400 MHz, avec 256 Mo de RAM ( upgradés ensuite à 448 mo ), une carte ATI Rage 128, deux cartes SCSI…
Un monstre puissant et imposant. Un formidable outil de création.
Seulement voilà : si j’avais bien aimé bricoler avec Mac OS 8.6 en émulation sur mon Amiga 4000, posséder un ordinateur qui ne fonctionnait que sous Mac OS Classic, c’était une toute autre histoire. Ce que je n’allais pas tarder à découvrir à mes dépens.
Le premier problème auquel je fus vite confronté fut le manque de logiciels. Le PC régnait alors en maître absolu, et les utilisateurs de la Pomme n’étaient guère nombreux. Hormis Photoshop ( au moins lui ! ), je n’avais pas beaucoup de softs à ma disposition. Les sources étaient rares et jamais très bien fournies…

Ensuite, j’avais un problème avec l’OS en lui-même : Mac OS était très cloisonné, sans vrai multitâche, avec un mode d’utilisation particulier, disons spartiate et contraignant, un peu trop rigide pour moi. De plus, sa mémoire **non protégée** pouvait être sujette à de splendides plantages : le crash d’un seul logiciel pouvait provoquer le redémarrage complet du système…

Bien sûr, cela ne m’a pas empêché d’utiliser cette machine, professionnellement et personnellement, pendant deux ans. J’ai produit avec elle de nombreux designs graphiques et sites web pour le label de musique électronique que je dirigeais, gravé quantité de CDs, etc. Ce G3 était une très bonne machine de production, qui faisait ce qu’on lui demandait, une chose à la fois, mais qui manquait un peu de fantaisie ( couleurs mises à part ).

À l’inverse, Windows XP, que j’avais / cherché à / détester si longtemps, me semblait d’une fluidité extrême et doté d’une incroyable logithèque. Tous mes amis étaient sur PC et pouvaient, eux, profiter sans contrainte d’une infinité de softs permettant de tout faire : utilitaires pour Internet, vidéo, 3D, DivX, MP3, gravure de CD de tous formats, etc. Tout cela sur du matériel très abordable, dont la puissance augmentait tous les mois.
Il fallait se rendre à l’évidence : être sur Mac me limitait et compliquait beaucoup de choses.
Ce G3, qui m’avait coûté un bras à l’achat, était peut‑être très beau et très puissant (dixit encore le marketing d’Apple), mais ce n’était pas vraiment une machine à bidouille creative telle que je l’envisageais.
Entre‑temps, Apple était passé au G4, dont les magnifiques couleurs « graphites », plus « professionnelles », ringuardisaient à mes yeux ma machine bleue et blanche…

Le coup de grâce arriva avec Mac OS X, celui dont nous parlaient les magazines, celui qui allait sauver le Mac, enterrer Windows et révolutionner l’informatique. Annoncé dès 1998 comme la fusion de NeXTSTEP et de Mac OS, c’était en fait le système que j’avais espéré avoir à l’origine en achetant cette machine. ( Moderne, multitâche, mémoire protégée, Unix… )


La Public Beta de Mac OS X sortit le 13 septembre 2000. Quelques mois après, je réussis enfin à en obtenir une copie… et ce fut une très, très grosse déception. À part son interface utilisateur clinquante, qui provoquait tout de même son petit effet « Waouh », Mac OS X, premier du nom, était totalement inutilisable sur mon bon vieux G3, tout au plus âgé de deux ans : un OS terriblement lent et totalement dénué de logiciels. J’étais battu.
Dépité, incapable d’upgrader une machine dont la moindre carte demandait une ROM Apple vendue à prix d’or, je finis par revendre cette machine en 2002, alors que je naviguais déjà depuis quelques mois sur un PC AMD Athlon, pavillon Windows…
Mon expérience Mac OS Classic se referma alors pour toujours… c’était du moins ce que je pensais.
Et pourtant, me voilà donc aujourd’hui, à nouveau devant ce Finder des années 1990-2000.
Malgré tout ce que j’ai pu lui reprocher à l’époque, force est de constater que je suis étrangement séduit par ce vieil OS, que j’avais pourtant relégué aux oubliettes de ma mémoire. C’est un vrai plaisir de retrouver ces fenêtres, ces sons, ce look and feel si rétro-vintage.
Mais au-delà de la simple nostalgie, je redécouvre surtout la clarté et la simplicité de ces anciennes interfaces : un look épuré comparé à nos interfaces modernes parfois trop encombrées. J’aime macOS X, mais petit à petit, il est devenu plus difficile à lire. ( Pitié les nouveaux Réglages Système et macOS TahoeVista ).
Le rythme est aussi bien différent. À l’époque, Mac OS prenait son temps. Il n’y avait pas une nouvelle version chaque année ( folie !).
Finalement, faire une chose à la fois et prendre son temps pour bien la faire, n’est-ce pas là aujourd’hui la quintessence du luxe ?

Très vite, des souvenirs me sont revenus, en particulier ceux de mes premières expériences avec Mac OS, au cours des années 90.
Je parcourais alors l’Europe, en jeune rebelle cyberpunk que j’étais. Il m’arrivait souvent d’apporter une disquette contenant mes dernières créations graphiques et autres flyers à imprimer chez un prestataire de PAO, tout de Macs puissants et rutilants équipés. Le Macintosh était alors la machine des imprimeurs et photocopieurs. (J’en ai visité, des copy‑shops : en France, en Italie, en Allemagne, en Hollande et en Tchécoslovaquie…) Des machines très chères, manipulées par de très sérieux opérateurs. Un sacré contraste avec mon look, mon chien et mon Amiga 1200.
J’ai une pensée toute particulière pour cette graphiste‑maquettiste néerlandaise qui m’aida plusieurs fois à optimiser les impressions de mes images avec QuarkXPress, me donnant au passage de précieux conseils numériques. C’était à Amsterdam, en 1995, dans une importante boîte de PAO, quelque part autour d’Amerikahaven…
Je me souviens aussi particulièrement de ma première « utilisation‑découverte » de Mac OS. C’était dans un appartement cossu à Vienne, en Autriche, vers 1997‑1998, sur les Power Macs des parents d’un copain… oui, ils en avaient plusieurs. Je découvrais alors la philosophie particulière du System 7, à la fois puissant, élaboré et archaïque, austère et élégant. Durant quelques heures, je pus profiter de ces luxueuses machines et manipuler Photoshop, Illustrator, Myst et Marathon…

Aujourd’hui, pour utiliser un System Classic, rien de plus simple que de lancer un émulateur en ligne. Le site https://infinitemac.org en propose une incroyable collection, du System 1.0 à 9, ainsi que des versions de NeXTSTEP et d’OSX jusqu’à 10.4 Tiger.
On peut aussi d’utiliser UTM ou de télécharger une image SheepShaver toute prête pour
Mac OS ( moderne ) qui se lance en un click, ce que j’ai finalement choisi de faire.
Le site https://mendelson.org en propose plusieurs, très complètes, avec plein de logiciels installés : lien 1 et lien 2. Elles ne sont pas facile à trouver ailleurs / Il y a aussi des versions Window et Linux.
L’émulation, c’est vraiment formidable ! Pour peu que le logiciel existe, mon petit mais puissant MacBook Pro M1 Pro 14 pouces peut faire tourner toutes les machines des dernières décennies, parfois plus rapidement que l’originale… Quand on n’a pas de place ou que certaines pièces d’occasion deviennent trop fragiles ou inabordables, c’est la solution idéale…
Mais on peut aussi très vite en atteindre les limites. C’est ce qui m’est arrivé en essayant de jouer à Warcraft 2, jeu que j’avais adoré à l’époque. L’émulation gère mal les interruptions du processeur, ce qui provoque des freez du jeu. Je laisse ChatGPT expliquer :
« Le “CPU timing drift”, ou désynchronisation des timers, désigne un phénomène d’émulation où le système émulé perd sa synchronisation temporelle, entraînant des pauses suivies de saccades accélérées lorsque l’émulateur tente de rattraper le temps perdu ; ce problème est particulièrement fréquent dans les émulateurs de systèmes complets comme Mac OS Classique, mais reste rare dans les émulateurs de consoles ou de micro-ordinateurs qui contrôlent strictement leur cadence. »
Ouais, pas génial. À cela s’ajoutent des problèmes de drivers 3D, de jeux qui refusent de se lancer et autres petits désagréments. Ces petites complications, assez frustrantes, compromettaient en fait toute l’expérience. Dans ce cas, autant utiliser un vrai Macintosh. Et c’est ainsi que, par curiosité, je me mis à parcourir les annonces du Bon Coin…
À suivre…
Post-scriptum : Deux semaines après avoir rédigé cet article, je suis tombé sur une archive oubliée au fond d’un vieux CD de sauvegarde. Un texte que j’ai écrit le 14 janvier 2000 à 13h47, sur ce fameux G3 Bleu et Blanc. À l’époque, j’étais dans un tout autre délire. Morceaux choisis :
« Je suis profondément déçu par Mac OS… C’est peu être simple a utiliser mais alors la stabilité, bonjour… Mon Mac plante 2/3 fois par jour minimum… Quand j’utilise ma tablette graphique dans Photoshop, quand j’utilise Outllook Express 4.5 ou Dreamweaver… La il est midi et demi….Le mac est allumé depuis 10 heures du matin, il a déjà planté une fois comme ça sans raison… Dans mon bureau y’a aussi un PC sous win 98… il doit planter au pire des cas une fois par semaine.[…] Allez Steeve sort nous vite OS X… Sinon ciao le Mac. »
